Africa Dev News est un média panafricain d'informations, d'analyses, d'investigations et de publicités, avec un focus sur le Bénin où il est basé.

La jeune écrivaine béninoise Carmen Toudonou poursuit son ascension sur la scène littéraire internationale. Après plusieurs distinctions en France, au Gabon et au Congo, son roman « Paria » est nominé aux Prix Baobabs de Montréal. Une nouvelle étape pour une écrivaine qui fait de la littérature une arme contre le silence et un espace d’émancipation.
Le voyage de « Paria » n’est décidément pas terminé. Publié en 2025 aux éditions Vénus d’Ébène & My African Clichés, le roman de Carmen Toudonou vient de franchir une nouvelle frontière : celle du Canada. L’œuvre est en effet nominée aux Prix Baobabs de Montréal, une distinction portée par l’Académie des Baobabs pour célébrer et promouvoir les littératures d’Afrique et de sa diaspora. Le prix sera remis à l’occasion du Salon du livre de Montréal, en novembre prochain. Pour Carmen Toudonou, cette nomination vient prolonger une série de reconnaissances qui témoigne du parcours singulier de « Paria » .
De Paris à Montréal, un roman qui collectionne les distinctions
Avant de poser ses valises au Canada, « Paria » s’est déjà illustré sur plusieurs scènes littéraires. En 2025, le roman a reçu à Paris la Mention Shéhérazade du Grand Prix Afrique. En 2026, il a décroché le Prix Filiga du livre africain, à Libreville, au Gabon, ainsi que le Prix spécial Plum’art-Z, à Brazzaville, au Congo. Une succession de distinctions qui propulse aujourd’hui l’œuvre vers Montréal.
Cette nouvelle nomination dépasse cependant la simple accumulation de prix. Elle confirme la capacité d’une œuvre née au Bénin à dialoguer avec des publics et des jurys bien au-delà de son territoire d’origine.
Carmen Toudonou, une plume qui refuse le silence
Journaliste, auteure et chercheuse, Carmen Toudonou écrit depuis près de vingt ans avec une préoccupation constante qui est d’interroger la société et faire entendre les voix qui peinent à trouver leur place dans l’espace public. Roman, nouvelle, théâtre, poésie, essai… l’écrivaine explore plusieurs genres et refuse de s’enfermer dans une seule forme littéraire.
Son œuvre comprend notamment L’Orgasme douloureux, Tant de gens espèrent être aimés et beaucoup ne sont que mariés, Presqu’une vie, Le syndrome de Pénélope, Des grades et des couleurs et Noire Vénus. À travers ces textes, elle aborde des sujets qui traversent profondément les sociétés contemporaines : condition féminine, sororité, identité socioculturelle, rapports sociaux et fractures collectives.
Écrire pour dire, dénoncer et éclairer
Chez Carmen Toudonou, l’écriture n’est jamais très loin de l’engagement. Elle écrit pour questionner les certitudes, mettre en lumière les blessures et provoquer le débat. Elle écrit aussi pour rappeler que certaines voix méritent d’être entendues, celles des femmes, notamment, celles des jeunes filles qui aspirent à rêver, à choisir leur destin et à prendre la parole.
C’est cette dimension profondément émancipatrice qui donne une résonance particulière à la Mention Shéhérazade reçue à Paris. Dans Les Mille et Une Nuits, Shéhérazade utilise le pouvoir du récit pour survivre. Nuit après nuit, elle raconte, maintient l’écoute et repousse l’échéance de sa condamnation. La comparaison avec Carmen Toudonou apparaît alors particulièrement forte : raconter pour résister, parler pour ne pas disparaître, écrire pour refuser le silence.
Une auteure, mais aussi une actrice du livre
Fondatrice de la maison d’édition Vénus d’Ébène, à Cotonou, Carmen Toudonou ne se contente pas d’écrire. Elle participe également à la construction de l’écosystème littéraire. Titulaire d’un doctorat en communication sociale, elle se situe à la croisée de plusieurs univers : littérature, recherche, journalisme et édition. Une position qui nourrit sans doute son regard sur les transformations sociales et les rapports entre la parole, les représentations et le pouvoir.
Montréal, prochaine escale
Avec cette nomination aux Prix Baobabs de Montréal, « Paria » poursuit donc une trajectoire internationale déjà bien engagée. De Paris à Libreville, de Brazzaville à Montréal, le roman porte avec lui la voix d’une écrivaine béninoise dont la plume s’impose progressivement dans le paysage littéraire africain et diasporique. Le verdict est attendu en novembre, à l’occasion du Salon du livre de Montréal.
Mais, quelle que soit l’issue de cette nouvelle aventure, le parcours de « Paria » dit déjà quelque chose d’essentiel : une œuvre portée par une voix forte peut franchir les frontières lorsque son histoire rencontre une résonance universelle. Et Carmen Toudonou semble avoir choisi sa manière de franchir ces frontières, par les mots.
Mahugnon Salomon