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(Lire son entretien sur le Forum social des fiertés 2026)
A l’issue de la première édition du Forum social des fiertés, organisée du 28 au 30 juillet 2026 à Cotonou par Hirondelle Club Bénin, son président fondateur, Luc Agblakou, revient sur les motivations de cette initiative, les principaux défis auxquels sont confrontés les groupes vulnérables et les ambitions portées par ce nouveau cadre de dialogue. Dans cet entretien accordé à Africa Dev News, il plaide pour une société fondée sur le vivre-ensemble, le respect de la dignité humaine et la lutte contre toutes les formes de discrimination.
Africa Dev News : Cotonou a abrité du 28 au 30 juillet 2026, la première édition du Forum social des fiertés organisée par Hirondelle club Bénin dont vous êtes le président fondateur. Qu’est-ce qui a motivé cette initiative ?
Luc Agblakou : L’organisation du Forum social des fiertés répond à une volonté claire : rendre visibles les réalités souvent tues des groupes vulnérables — personnes en situation de handicap, personnes vivant avec l’albinisme, minorités sexuelles et de genre. Ce constat s’est imposé à moi au fil de ma participation à plusieurs éditions du Forum social mondial : nulle part un espace n’était véritablement dédié à ces groupes. Ce Forum est notre réponse à ce vide, une manière de dire que leur existence et leurs droits méritent d’être portés avec la même dignité que tout autre combat social.
Quels sont les objectifs poursuivis ?
Deux objectifs structurent cette édition. D’abord, élaborer une feuille de route claire, intégrant des actions concrètes face aux défis communs des groupes vulnérables, dans une dynamique résolument intersectionnelle. Ensuite, installer le Conseil international du Forum social des fiertés, une instance appelée à donner une continuité et une portée internationale à notre combat.
Que signifie le thème « L’intersexualité face à un contexte mondial marqué par l’hétérosexisme et le patriarcat » du forum pour le grand public ?
Ce thème pose une question simple mais essentielle : quelles alternatives face à la montée de groupes anti-genre et ultraconservateurs, qui oppressent les groupes vulnérables au nom de leurs différences ? Il s’agit d’interroger collectivement les résistances qui s’organisent contre la diversité, et de construire ensemble des réponses solidaires.
Pourquoi cet accent sur l’intersectionnalité et l’hétérosexisme dans le contexte béninois et africain ?
Parce que les facteurs de vulnérabilité et de discrimination se croisent : une même personne peut être rejetée à la fois pour son handicap et pour son orientation sexuelle ou son genre. Quelle que soit la nature de la vulnérabilité, la mécanique de la discrimination reste la même — elle se nourrit de la différence. L’hétérosexisme, quant à lui, traduit ce refus persistant, au niveau communautaire, de reconnaître et de respecter la diversité sexuelle. Nommer ces réalités, c’est le premier pas pour les combattre.
Quels défis pour les personnes LGBTQIA+ au Bénin ?
Les défis sont profonds. Il n’existe à ce jour aucune disposition spécifique protégeant la dignité humaine contre les violences physiques fondées sur le genre supposé d’une personne. Il n’existe pas davantage de cadre juridique protégeant contre les thérapies de conversion. Et trop souvent, les jeunes victimes de rejet familial ou social se retrouvent seules, sans accompagnement. Ce sont des failles que nous appelons à combler avec détermination.
A qui s’est adressé le Forum ?
Ce Forum s’est adressé aux militants, aux défenseurs des droits humains, ainsi qu’aux institutions étatiques et internationales. Les activités ont été ouvertes aux organisations communautaires et aux institutions, dans un cadre pensé pour favoriser un dialogue structuré et responsable.
Quelles sont les activités menées durant les trois jours ?
Le programme a été dense et ambitieux : un premier panel sur les avancées enregistrées au Bénin en matière de protection et de promotion des droits des groupes vulnérables ; un groupe de travail sur la situation de ces groupes à l’échelle mondiale ; une célébration de nos héros et un partage d’expériences entre défenseurs ; une immersion à l’Abms et à la Cbdh pour comprendre leurs mécanismes de lutte et leur collaboration avec la société civile ; des sessions thématiques et une projection. Nous avons eu un second panel sur les défis des droits humains au Bénin et dans le monde. Un temps a été consacré à la santé mentale et au bien-être des défenseurs des droits humains — un enjeu trop souvent négligé. Enfin, nous avons procédé à l’élaboration de notre feuille de route, à l’installation du Conseil international et à la clôture du Forum.
Quel rôle pour les médias ?
Les médias ont un rôle déterminant à jouer : diffuser une information juste et une image positive de la diversité sexuelle et de genre, promouvoir le vivre-ensemble à travers leurs communications et publications, et sensibiliser durablement aux droits humains. Un média responsable est un allié puissant contre les discriminations.
Comment favoriser un dialogue apaisé dans un contexte parfois polémique ?
Notre boussole, c’est la promotion du vivre-ensemble et de l’inclusion sociale de toutes les couches de la société. Nous ne cherchons pas la confrontation, mais un dialogue qui rassemble plutôt qu’il ne divise, ancré dans les valeurs de solidarité qui fondent notre société béninoise.
Attendez-vous des engagements des autorités et partenaires ?
Oui, sans détour. Les autorités publiques et les institutions doivent s’engager aux côtés de Hirondelle club Bénin dans ce combat pour le vivre-ensemble et l’inclusion de toutes les couches de la société. Ce n’est pas une option, c’est une responsabilité partagée.
Quels impacts à court et long terme ?
A court terme, notre ambition est de nous imposer comme une organisation crédible et fiable, avec qui les partenaires et institutions peuvent construire ensemble la promotion du vivre-ensemble et l’inclusion des groupes vulnérables. A long terme, nous espérons que cette première édition nous ouvre davantage de visibilité, ainsi que des accompagnements techniques et financiers durables pour nos actions.
Un message aux participants, partenaires et Béninois
Je voudrais avant tout adresser mes sincères remerciements à toutes celles et ceux qui ont rendu ce Forum possible : les participants, dont l’engagement et la présence donnent tout son sens à cet événement, et nos partenaires, dont le soutien nous permet de faire avancer cette cause.
A l’ensemble des Béninois, je veux dire que ce Forum n’est pas une démarche contre qui que ce soit, mais un espace de dialogue, d’écoute et de respect mutuel. Notre pays s’est toujours construit sur des valeurs de solidarité et d’hospitalité, et c’est dans cet esprit que nous voulons avancer : dans le respect de la dignité de chaque personne, sans exclusion ni discrimination.
Ce Forum est une invitation à la réflexion collective, au-delà des préjugés et des idées reçues, pour construire ensemble une société plus juste, plus inclusive et plus humaine.
Je forme le vœu que cette rencontre soit le commencement d’un dialogue durable, porté par le respect, l’écoute, et la volonté commune de ne laisser personne de côté.
Propos recueillis par Serge ADANLAO